
Sydney Sweeney est en passe de devenir un verbe. “To Sydney Sweeney” ou “faire une Sydney Sweeney” pourrait être une définition de sexualiser son propre corps, en faire un modèle de “male gaze” et s’en réjouir. Sa pub pour American Eagle avait déjà fait trembler internet en prétextant filmer un vêtement quand elle déshabillait un corps, en instillant avec un jeu de mots basique l’idée que les bons “gènes” étaient les siens, ceux de la blonde bien gaulée et joueuse, fantasme planétaire.
La voilà qui revient plus nue qu’habillée, plus joueuse que jamais, et répète “sports”, “sports” “sports” en fixant le badaud, comme Eva Herzigova disait “Regardez moi dans les yeux… j’ai dit les yeux”, au mitan des années 90. Pour couvrir les parties du sublime corps de l’actrice que les réseaux sociaux auraient censuré, la plateforme de paris en ligne à l’origine de la pub redouble de manque d’imagination – oh des ballons de rugby sur les seins, oh un panier de basket entre les jambes. Uhuhuh, qu’est-ce qu’on est fins, ça se consomme sans faim, vont-ils comprendre ?
Tout est conçu pour casser internet une nouvelle fois, trouver un écho jusque dans les milieux les plus sérieux, personne ne passera à côté de Sydney Sweeney. Ceux qui adorent, adoreront – au hasard, les mecs testostéronés (ou pas) qui parient en ligne – et ceux qui détestent permettront à ceux qui adorent de jouir du délice de mettre en colère ces boloss de wokes et autres esprits déconstruits qui leur pourrissent systématique leur plaisir, les pauvres.
Sydney Sweeney aura gagné sur toute la ligne. Parce que nos protestations, notre exaspération, notre colère ne convainquent pas. Elles offrent une immense joie à nos détracteurs.
Entendez-vous ce qui a changé cet état de fait ? La magie de Training Season, de Dua Lipa. Sur cette musique d’une énergie folle, des dizaines de sportives ont mis en images leurs entrainements, leurs victoires, leur bonheur. La transpiration, le muscle saillant, les larmes. Le sport quoi. Mon Instagram s’est rempli des vidéos de ces femmes extraordinaires sur une bande son qui m’a presque donné envie de faire des pompes.
Le retournement de situation trouve son écho dans la triste histoire de Macklemore, évincé de la tournée américaine d’Ed Sheeran, sous la pression de propriétaires de salles et du tourneur qui n’ont pas aimé ses prises de parole dénonçant le traitement qu’Israël inflige aux Palestiniens et plus précisément aux Gazaouis. Là aussi, la colère et la mobilisation sont légitimes. Mais ce qui a émergé, ce qui doit émerger, c’est le merveilleux texte déclamé par Macklemore pour la Palestine. Un long slam du 24 décembre 2023 qui allie force et respect et totalise désormais 1,4 million de vus (contre 250k pour ses posts ordinaires).
Deux réponses par la beauté plutôt que par la colère. Deux réponses qui me donnent la chair de poule.